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2008-05-20 "Dernier Maquis" : une mosquée dans l'entreprise

Une scène du film français de Rabah Ameur-Zaïmeche, 'Dernier Maquis'.
SOPHIE DULAC DISTRIBUTION
Une scène du film français de Rabah Ameur-Zaïmeche, "Dernier Maquis". dernier maquis, film réalisation, palettes rouges

Le président du jury cannois, Sean Penn, aura prévenu les compétiteurs officiels : point de salut au palmarès hors de l'engagement dans la cité ! Faute de disposer de son numéro de téléphone, on lancera donc à monsieur le président un appel public, en lui signalant que l'un des très grands films politiques de ce festival se trouve hors de sa juridiction, à la Quinzaine des réalisateurs. Ce film, c'est Dernier Maquis, du Français Rabah Ameur-Zaïmeche, qui met un point d'orgue à l'impressionnante trilogie déjà composée de Wesh Wesh, qu'est-ce qui se passe ? (2002) et Bled number one (2006).

La projection du film de Rabah Ameur-Zaïmeche, vendredi 16 mai, à la Quinzaine des réalisateurs a été suivie d'une conférence de presse avec le réalisateur. En voici deux extraits sonores :
- premier extrait : Rabah Ameur-Zaïmeche explique comment est né son film (00:50)
- deuxième extrait : le réalisateur revient sur la signification du titre "Dernier Maquis" (00:58)

Le cinéaste y poursuit son investigation de l'immigration maghrébine, à travers une stylisation lyrique et une acuité de regard admirables. Politique, Dernier Maquis l'est par son sujet et par sa forme, par son urgence et par sa complexité. L'action est ramassée sur le périmètre d'une modeste entreprise de palettes (ces lattes de bois assemblées pour transporter les marchandises) située en banlieue parisienne. Le patron est d'origine immigrée. Les ouvriers, dans leur immense majorité, aussi. Le nœud dramaturgique est d'une simplicité biblique : c'est la construction, au sein même de la fabrique, d'une mosquée.

Offerte par le patron à ses ouvriers, elle suscite d'emblée la discorde. Un groupe de mécanos maghrébins, affectés au garage de l'entreprise, proteste contre la nomination de l'imam par le patron, au mépris d'un égalitarisme coranique qui voudrait que celui-ci recueille l'assentiment des fidèles. Un autre groupe, dominé par des ouvriers d'Afrique noire plus précarisés encore que leurs collègues, n'entre pas dans cette fronde. Le patron, musulman sincère, joue un jeu ambigu, dont on se demande s'il est guidé par le désintéressement de la foi ou par un intérêt de classe consistant à maîtriser le domaine religieux pour mieux aliéner la revendication sociale. Celle-ci ne manquera pourtant pas d'exploser un peu plus tard, lorsque les premiers licenciements toucheront le groupe de rebelles.

FERMENT RÉVOLUTIONNAIRE

Cette juxtaposition constante du religieux et du politique, question d'actualité, est donc la grande affaire de ce film. Le résultat est d'une grande intelligence et d'une esthétique forte. Le cadre de l'entreprise, baignant dans le rouge des palettes qui y sont entreposées, devient ainsi une scène dramatique qui évoque le rituel religieux et la couleur de la révolution. Elle interroge à la fois l'échec des utopies socialistes, la catastrophe redoublée de cet échec chez les anciens colonisés, la place accrue prise de ce fait par la religion dans l'identité de ces hommes, ainsi que le dévoiement ou le ferment révolutionnaire que celle-ci contient. La scène de ce Dernier Maquis est celle d'une tragédie du sacrifice et d'une incantation à l'espérance


     
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