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SECHAGE ARTIFICIEL DES PALETTES ET EMBALLAGES EN BOIS :

UNE NOUVELLE DONNE DU MARCHE

Patrice CHANRION - à l'assemblée générale du SYPAL le 06 juin 2002

Chef de la Section Emballage, Séchage, Marchés

 

Pôle Bois – Sciage – Emballage du Centre Technique du Bois et de l’Ameublement (CTBA) – 10, ave de St Mandé – 75012 PARIS

 

Cette intervention a été bâtie autour de deux principaux thèmes qui sont :

  • Le séchage artificiel en prévention du bleuissement, des moisissures et en réponse aux attentes du marché;

  • La place du séchage artificiel dans les nouvelles mesures phytosanitaires pour les bois d’emballages.

 

  • Le séchage artificiel en prévention du bleuissement, des moisissures et en réponse aux attentes du marché

Les discolorations des bois résineux et de certaines essences feuillues sont dues à une infestation du bois par des champignons lignicoles, dont les plus connus donnent au bois une coloration bleue plus ou moins intense.

Dans l’ensemble, les bois bleuis gardent leur intégrité, c’est-à-dire leurs propriétés mécaniques, puisque la paroi cellulaire n’est pas atteinte.

Pour autant, les bois colorés par ces champignons le sont de façon définitive, ce qui peut les rendre impropres à certains usages, lorsque l’aspect esthétique est important.

Ainsi, on peut rencontrer les champignons de bleuissement sur :

  • des bois mis en œuvre anormalement réhumidifiés par défaut de protection efficace, comme par exemple des menuiseries extérieures,

  • mais aussi sur certains bois d’emballages destinés à la fabrication de palettes ou caisses; on parle alors plutôt de bleuissement en scierie sur des bois fraîchement abattus (grumes ou sciages).

Il importe de rappeler à ce stade les conditions dans lesquelles ces champignons sont susceptibles de se développer :

  • Il faut que le taux d’humidité du bois atteigne une valeur légèrement supérieure au point de saturation des fibres, c’est-à-dire 30 % environ. A des taux inférieurs, le champignon meurt rapidement et, si le bois est gorgé d’eau, il ne peut se développer; la conservation des grumes par immersion ou aspersion, à l’occasion des récents chablis, en est l’illustration parfaite;

  • Second élément, la température optimale est située entre 22°C et 30°C. En revanche, les champignons résistent bien aux basses températures et peuvent reprendre leur activité après une période de froid.

En ce qui concerne les moisissures, les champignons mis en cause regroupent de nombreuses espèces qui se développent à la surface des bois frais, ou exposées dans des conditions humides, ce qui peut être le cas de palettes et caisses. Dans ce cas, les conditions de développement des moisissures sont une humidification de la surface du bois à partir de 18 %, des températures ambiantes dépassant 20°C, et une atmosphère confinée.

Si une étude récente du CTBA a montré que le bleuissement n’altérait pas les propriétés mécaniques du bois, aucun élément ne permet de garantir à ce jour que les moisissures, qui peuvent accompagner le bleuissement, ne posent pas de problèmes pour le contact alimentaire. En particulier, dans le cas de stockage de produits alimentaires frais sur des palettes ou caisses, si des moisissures sont présentes sur le bois, il est probable que le client considérera qu’il y a risque d’altération potentielle du produit alimentaire.

En raison des substances nutritives qu’il contient, l’aubier des bois résineux est en général attaquable par les champignons de bleuissement ; c’est le cas des pins maritime et sylvestre. Le Douglas et l’épicéa peuvent être aussi contaminés et, dans une moindre mesure, le sapin. Quant aux essences feuillues, le peuplier et le hêtre bleuissent également : autant d’essences qui sont assez largement utilisées comme bois d’emballages.

Quelles protections des bois peut-on alors opérer contre le bleuissement ?

Le séchage à l’air libre est trop lent sous nos climats pour éviter des risques de contamination. Cette technique reste directement dépendante des conditions climatiques, très variables au cours de l’année.

A titre d’exemple, la durée de séchage de planches à palettes résineuses d’épaisseur de 22 mm de 80 à 20 % d’humidité finale peut être de l’ordre de 1,5 à 3 mois ; c’est donc vers le séchage artificiel qu’il convient de se tourner.

En effet, un séchage artificiel rapide, soit des sciages à palettes (issus de grumes saines), soit des palettes montées, peut constituer une alternative à l’application d’un produit de traitement anti-bleuissement.

D’autre part, s’il est bien conduit, on peut détruire en même temps certains œufs ou larves d’insectes qui seraient présents dans le bois, atout supplémentaire important permettant de coller aux exigences de la nouvelle norme phytosanitaire.

Mais pour que le séchage artificiel soit efficace, certaines conditions doivent être nécessairement remplies.

En premier lieu, très peu de temps doit s’écouler entre le sciage et le séchage artificiel. A certaines périodes favorables de l’année (printemps – été), le bleuissement peut s’installer en moins de 48 h sur des sciages de pins tombant de scie. Si l’on veut s’en prémunir, il faut donc disposer d’une installation de séchage artificiel dont la capacité utile soit bien en rapport avec la production de l’entreprise.

Dans le cas du séchage artificiel de palettes toutes montées (cas le plus fréquent pour des questions de coûts), ceci sous-entend que le montage des palettes s’opère dans un délai très court après le sciage, afin d’engager ensuite très rapidement le processus de séchage artificiel. Cela nécessite une bonne gestion des flux au sein de l’entreprise.

Un séchage artificiel jusqu’à une humidité de 28 % environ est, a priori, suffisant pour éviter le développement des champignons. Les débits (ou palettes) ainsi séchés doivent ensuite être stockés à l’abri de l’humidité ; en effet, les champignons de bleuissement peuvent s’installer dans des débits qui ont été convenablement séchés mais qui se sont ensuite réhumidifiés au delà de 30 %.

En fait, dans la pratique si l’on souhaite substituer trait pour trait le traitement anti-bleuissement des sciages par un séchage artificiel, les industriels sont confrontés au fait que le séchage demeure plus onéreux : le coût moyen de la préservation d’un m3 de sciages à palettes est, en général, compris entre 3,80 euros et 5,20 euros, soit 15 à 25 centimes d’euros par palette.

En comparaison, le prix de revient complet du séchage d’une palette jusqu’à 28 % d’humidité (seuil critique) varie, selon les procédés et les quantités séchées, entre 55 et 90 centimes d’euros, soit un coût 3 fois et demie supérieur à celui d’un traitement de préservation par trempage.

En outre, investir dans une installation de séchage artificiel demande une mise de fonds relativement importante ; à titre d’exemple, un séchoir déplaçable par brûleur direct au gaz, de 1 600 palettes de capacité utile par cycle et susceptible de sécher annuellement 250 000 palettes jusqu’à 20 % d’humidité, coûte de l’ordre de 125 000 euros.

Aussi le séchage artificiel des palettes en vue d’éviter les moisissures et le bleuissement ne constitue pas forcément la première préoccupation des industriels équipés de séchoirs, à moins que ces palettes ne soient destinées à recevoir des denrées, produits et boissons pour l’alimentation de l’homme ou des animaux.

En effet, certaines utilisateurs préféreront employer des palettes exemptes de tout traitement chimique, même s’il existe aujourd’hui au niveau européen deux directives qui fournissent le cadre législatif pour que les produits anti-bleuissement soient évalués par rapport aux risques pour la santé des consommateurs, à savoir :

  • la directive 98/8/CE dite " directive biocides " ;

  • la directive 89/109/CE dite " directive matériaux et objet au contact alimentaire ".

 

Dans tous les autres cas, lorsque le contact alimentaire n’est pas l’élément principal du cahier des charges, les industriels équipés de séchoirs cherchent en premier lieu à satisfaire les demandes qui leurs sont faites en palettes sèches, à des taux d’humidités oscillant entre 20 et 25%, voire inférieurs pour certaines utilisations.

Trois raisons principales justifient aujourd’hui ces demandes :

    • En premier lieu, le souci de préserver les produits stockés d’éventuelles remontées d’humidité et la recherche d’une meilleure hygiène; l’humidité contenue dans le bois, et qui restera emprisonnée sous les films plastiques protégeant les produits sur palette, peut être néfaste, pour le bois d’abord (moisissures et déformations) mais aussi et surtout pour les articles emballés, qui peuvent se dégrader rapidement de façons diverses selon leur nature ;

    • Deuxièment, réduire le poids des palettes pour faciliter les manutentions ; la diminution de poids peut atteindre 8 à 9 kg dans le cas d’une palette normalisée en pin maritime de 0,04 m3, passant d’une humidité de 60 % à 25 % ;

    • Enfin améliorer les performances mécaniques, ce qui a pour effet de réduire les éventuelles déformations sous charge, et permet d’optimiser en amont le dimensionnement de la palette.

Désormais, tout laisse à penser que le développement des équipements va se poursuivre, car les demandes en palettes sèches ne faiblissent pas, tant au niveau français qu’européen, même si le coût de la rémunération de la prestation reste un point d’achoppement.

 

  • La place du séchage artificiel dans les nouvelles mesures phytosanitaires pour les bois d’emballages

Mi-mars dernier, la nouvelle norme phytosanitaire FAO a été adoptée ; elle expose, comme vous le savez, les mesures universelles qui peuvent être prises pour se prémunir du risque d’introduction d’organismes nuisibles aux végétaux, et qui sont susceptibles d’être véhiculés par les bois d’emballages lors d’expédition de marchandises - en l’occurrence les palettes, les caisses-palettes ou caisses.

Les mesures approuvées comme étant efficaces et durables contre la plupart des organismes nuisibles sont de deux ordres :

  • La fumigation au bromure de méthyle ;.

  • Le traitement thermique à la chaleur, selon un programme temps / température détaillé permettant d’atteindre une température minimale de 56°C au cœur du bois pendant 30 minutes au minimum.

En outre, le séchage à l’étuve (KD), l’imprégnation chimique sous pression (CPI) ou les autres traitements peuvent être considérés comme des traitements thermiques (HT), dès lors qu’ils répondent aux caractéristiques du traitements thermique.

Dès à présent de plus en plus de fabricants de palettes, dont les emballages sont destinés à certains pays très engagés dans les mesures phytosanitaires, enregistrent de la part de leurs clients exportateurs et utilisateurs de palettes des demandes de marquage, attestant que les traitements adéquats ont bien été effectués. Même s’il demeure aujourd’hui des incertitudes quant aux dates et modalités d’application, il faut envisager sérieusement qu’à terme certains pays signataires décident d’appliquer à la lettre cette nouvelle norme à l’importation.

Actuellement, le traitement thermique semble être celui dont l’efficacité et la faisabilité sur le long terme sont les mieux perçus et reconnus. Aussi, d’ores et déjà les fabricants de palettes équipés de séchoirs artificiels, dont les températures de fonctionnement atteignent en fin de cycle pour les résineux notamment 70 à 85 °C, sont en mesure de répondre positivement à ces demandes.

En effet, lors d’un cycle de séchage artificiel de palettes conduit correctement avec un matériel performant, on a l’assurance d’atteindre à un moment donné les conditions requises.

Les séchoirs, initialement conçus et installés pour éliminer l’eau des palettes et /ou les prémunir contre les développements du bleuissement et des moisissures, devraient donc connaître une nouvelle voie d’utilisation potentielle complémentaire, que l’on pourrait qualifier de " fonction de stérilisation ".

Il faut toutefois rappeler que toutes les palettes devant recevoir un traitement thermique n’auront pas nécessairement besoin d’être séchées jusqu’à des humidités finales de 20 – 22 % d’humidité.

Seul un traitement thermique pourrait alors être requis ; dans cette hypothèse, il conviendra d’étudier quelle devrait être l’utilisation optimale des séchoirs existants pour y satisfaire. En effet, si les conditions de séchage idéales ont pu être définies par le passé, celles relatives uniquement à la réalisation d’un traitement thermique doivent être affinées, selon les essences et épaisseurs des débits constituant les palettes.

A ce propos, la DGAL (Direction Générale de l’Alimentation) a chargé le CTBA de conduire une série d’essais visant à déterminer le temps minimum de séjour dans le four ou le séchoir, pour avoir l’assurance d’une température à cœur de 56°C durant 30 minutes. Au total, ce sont près d’une soixantaine d’essais qui vont être réalisés pour tenir compte des différents cas de figure envisageables : essences, épaisseurs, types d’éléments, humidité initiale du bois, avec des conditions de chauffage variables (températures, vitesses d’air et hygrométrie).

La DGAL et le CTBA, après validation et concertation, diffuseront d’ici la fin de l’année les principaux résultats et enseignements à tirer de cette action.

Par ailleurs, si dans un proche avenir cette prestation est amenée à se développer, comme on peut le supposer, sans doute sera-t-il nécessaire que les fabricants de séchoirs développent un matériel spécifique, permettant à une plus large population de s’équiper.

Dans cette hypothèse, ce nouveau matériel devra nécessairement :

  • garantir l’impératif du moindre coût, à l’heure où les prix de vente des palettes en bois ne progressent pas, tandis que les exigences clients et pressions environnementales deviennent plus fortes que jamais ;
  • présenter une grande simplicité de conduite et de fonctionnement, n’entraînant pas de saut technologique trop important ;

  • délivrer l’ensemble des informations utiles aux éventuelles procédures d’inspections conduites dans le cadre d’une certification.

Ces 5 dernières années, les équipements en séchoirs se sont développés à un rythme soutenu, grâce à la réactivité de l’ensemble des partenaires et industriels concernés.

Dans le domaine de l’application de la nouvelle norme phytosanitaire, au niveau européen la France a dès l’origine suivi l’évolution du projet avec beaucoup d’attention. Aujourd’hui, des opérations de natures diverses ont été lancées et la mobilisation est forte à tous les niveaux, de manière à ce que le bois massif conserve la part qu’il a acquise au fil des ans dans la fabrication et le reconditionnement des palettes.


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